INTERVIEW Louis Gerondeau créateur de BUGSAFE, une solution contre les punaises de lit

Louis Gerondeau, créateur BugSafe

Ingénieur diplômé de l’École Centrale Paris, Louis Gerondeau est le fondateur de BugSafe, une société qui a développé un piège contre les punaises de lit gagnant de la médaille d’argent au Concours Lépine 2023. Il nous a accordé un entretien pour revenir sur les origines de cette innovation et la problématique de ces nuisibles.

1° Votre intérêt pour les punaises de lit est-il dû à un passif avec ces insectes ?

Louis Gerondeau : J’ai été confronté à la problématique. J’ai vécu une infestation assez importante chez moi fin 2018 lorsque j’habitais à Paris. A l’époque, je ne connaissais pas du tout la punaise de lit. Les traitements que j’ai essayés de mettre en place avec des professionnels au début n’ont pas marché. J’ai mis beaucoup de temps à m’en débarrasser. Parallèlement, je suis ingénieur de formation et je me suis renseigné sur le sujet car une infestation rend obsessionnel. J’ai commencé à lire de la littérature scientifique et m’est venu l’idée qu’au vu de la résurgence des punaises de lit en France, il y a forcément des choses à inventer.

2° Comment a été développé le piège ?

Il est issu de toutes mes recherches dans la littérature scientifique. Je me suis demandé comment améliorer la manière dont on gère la punaise de lit ? Avec mon équipe, on s’est rendu compte que sur la partie chimique, il n’y avait pas de pistes d’amélioration évidente d’autant que le développement de nouvelles molécules représente un budget colossal. En revanche, il y avait deux pistes intéressantes :

Tout d’abord sur les protocoles avec, peut-être la création d’une entreprise de conseils capable d’assister les bailleurs et les hôteliers.

La deuxième, sur les dispositifs de capture au niveau des pieds de lit, notamment des intercepteurs à douves. Beaucoup d’articles rédigés par des entomologues américains, mettent en avant cette solution. Lorsqu’ils sont mis en place de manière systématique, ils ont statistiquement un impact très positif. En capturant des punaises au niveau des pieds de lit, on est capable d’éviter plus de 50 % des infestations naissantes. C’est également un outil de détection très performant, qui permet de ralentir le développement de la colonie et dont le coût est limité.

Dispositif lutte punaises de lit

Ce n’est pas un dispositif miracle, mais une solution qui permet de réduire fortement le nombre d’infestations et leur taille. On est donc dans une optique de prévention. Il y a environ 1,5 million de français touchés par le phénomène par an, si on arrive à résoudre 50 % du problème, on aura fait une grosse avancée.

3° Comment fonctionne votre version du piège ?

On a étudié l’intercepteur à douve au niveau du pied de lit. On s’est rendu compte que la forme qu’il avait à l’époque, une coupelle en plastique, n’était pas esthétique et difficile à mettre en place car on devait soulever le pied. On est donc reparti de cet intercepteur, un dispositif où la punaise est capable de grimper sur une paroi extérieure, passe par une douve dont les parois lissent l’empêchent de ressortir. On a décidé d’intégrer directement ce dispositif au pied de lit à travers deux demi-bagues qu’on vient clipper. C’est plus discret et offre le même effet.

4° Il y a de plus en plus de débats autour de l’utilisation des produits biocides notamment dans les chambres d’enfants. Quelles particularités va-t-on observer avec votre piège vis-à vis de ces produits ?

On sait par exemple qu’un parc hôtel va être confronté à environ 5 infestations par an par 100 chambres. En installant de manière systématique le piège, ce nombre va être divisé par deux ou par trois. On réduit donc de ce fait l’utilisation de produits biocides. On n’est pas contre la chimie mais on aimerait que nos dispositifs purement mécaniques avec une efficacité démontrée soient en première ligne et qu’on ait recours à la chimie dans les cas les plus complexes.

BUGSafe, contre les punaises de lit

5° Quelle différence avec les autres pièges mécaniques ?

Certains pièges, dits actifs, attirent les punaises avec un dégagement de phéromones. Le nôtre fait partie de la famille des pièges passifs. On se base sur l’idée que l’insecte est naturellement attiré par l’être humain et va donc essayer de trouver une manière de s’en approcher quand il dort. Idée confirmée par des études. Avant le premier repas, la punaise sort d’un endroit qui n’est pas le lit (valise, manteau…) mais passe, lors de son trajet, par le pied et donc notre piège. Ce n’est donc pas celui-ci qui attire la punaise mais bien l’humain. La littérature nous a appris que ces pièges ont un rapport coût-efficacité plus intéressant que d’autres types de pièges.

6° Vous pensez donc qu’on doit se tourner vers des méthodes plus naturelles ?

Je pense qu’aujourd’hui on a très souvent le réflexe chimique. Hélas, ça marche de moins en moins, la punaise développe des résistances aux molécules. Au-delà, il y a une forme de dangerosité avec ces produits. D’un point de vue économique, ce n’est pas le moyen le plus efficace, contrairement à ce que l’on pense. Je ne rejette pas la chimie mais je dis réfléchissons plus intelligemment en mettant en place des protocoles qui sont basés sur une réalité scientifique et qui sont plus efficaces d’un point de vue réussite, économique et santé.

7° Vous avez remporté la médaille d’argent au Concours Lépine, à titre personnel qu’est-ce que vous ressentez ?

Je suis ingénieur et le Concours Lépine me fait rêver depuis que je suis tout petit. Il y a de nombreux ingénieurs et inventions qui y sont passés. Pour moi, au-delà de l’impact très positif sur notre entreprise, c’est une vraie fierté personnelle.

8° À l’avenir, visez-vous un marché international pour votre piège ?

Actuellement, on gagne du terrain en France. L’objectif, est de se développer et faire connaître le produit sur notre territoire. Dans les prochains mois ou années, s’il doit y avoir un développement à l’international, ce sera d’abord à l’échelle européenne.

9° Quel est le taux d’efficacité de votre piège ?

On a eu des retours très positifs d’hôteliers et de bailleurs. Pour déterminer le taux d’efficacité, on se base sur des études déjà existantes sur les systèmes intercepteurs. Et on le confirme empiriquement avec chaque nouveau client : on sait que nos résultats sont similaires en termes d’efficacité.

On a envoyé notre cinq centième commande pour les particulier*. En général, il y a entre un et deux jeux de pieds de lit commandé soit environ sept cents, huit cents lits. Chez les professionnels, on a équipé plus de mille lits.

* au moment de l’entretien réalisé fin août 2023

Pied de lit BugSafe

10° Travaillez-vous avec des litiers ou des particuliers ?

Nous sommes pour le moment une petite structure, ce n’est pas évident de se faire référencer auprès de distributeurs. Nous avons démarché au début des particuliers et des professionnels. A terme, notre objectif est de travailler avec des distributeurs, ce que l’on espère d’ici la fin de l’année. Ce qui veut dire que le client, au moment de l’achat du sommier, aura l’option d’acheter des pieds de lit BugSafe. L’avantage est qu’on n’est pas spécialement plus cher qu’un pied de lit standard.

11° Comment expliquer la recrudescence du phénomène alors que tout le monde est au courant de l’existence des punaises de lit ?

Justement je ne pense pas que tout le monde le soit. Je suis étonné lorsque je suis au contact de clients, il n’y a pas systématiquement des connaissances sur l’insecte, son développement et les solutions de lutte. Pour moi, on revient à des niveaux d’infestation d’avant l’invention du DDT, un insecticide très puissant utilisé après la Seconde Guerre mondiale. Grâce à ce produit, on avait réussi à se débarrasser des punaises de lit dans les pays développés. Avec le temps, on a oublié l’espèce. Parce que le DDT a par la suite été interdit, qu’on a également interdit des molécules, qu’il y a un tourisme de masse qui se développe, que les punaises ont développé un certain nombre de résistances, le nombre de foyers d’infestation a augmenté. Cette résurgence est donc normale. Hélas, hormis l’éducation des gens sur le sujet, il n’y a pas de solution miracle. Plus on agit tôt, moins la propagation sera importante.

12° Selon vous, le gouvernement en fait-il assez sur le sujet ou devrait-il par exemple imposer la pose de pièges sur les lits ?

Je pense qu’un piège sur chaque lit ce serait excessif même si je serai très content (rires). Les différents gouvernements Macron ont évoqué un plan anti-punaises depuis un certain temps, un rapport parlementaire de 2020 avec de superbes idées avait été publié. Il y a eu plein d’effets d’annonce notamment celle de rendre obligatoire la communication à un service centralisé lorsque l’on est concerné par une infestation, chose que je trouve très intéressante. Tout ça a été annoncé mais on n’a aucun suivi à l’heure actuelle. Des choses peuvent être mises en place dans la formation ou en incitant les professionnels à remonter les cas par exemple. Ce sont des choses qui ont déjà été annoncées maintenant il faut les mettre en place.

 

Propos recueillis par téléphone par Adrien Ribera

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